Jean-Luc Guionnet
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Duo avec Olivier Benoit

¬ Improvisation

Olivier Benoit : guitare
Jean-Luc Guionnet : saxophone alto



CD :
&UN
- Vandœuvre - vdo 223 - Vandœuvre-lès-Nancy - France - 2001
improvisations instrumentales
Olivier Benoit (guit) & Jean-Luc Guionnet (sa)

(voir aussi tephras dans la rubrique "installation & dispositif")


Note : &UN est l’un des dix disques de l’année 2002 sélectionnés par la revue Wire

Revue de presse
Chroniques CD &UN

The music on guitarist Olivier Benoit and saxophonist Jean-Luc Guionnet’s album is as elusive as the artwork by Agence Tandem (four square onion-skin vellums that have to be superimposed to figure out where and by whom the album was recorded) and seemingly as unfathomable as the track titles. Studiously avoiding both the standard rapid fire of free improv guitar/sax duets (compare Bailey and Butcher’s work on "Vortices and Angels", or Frith and Zorn’s "The Art of Memory") as well as any trace of jazz influence - even though both musicians happen to be well-versed in the idiom - "&UN" could well be the most original improv disc so far this year. The austere opening track establishes the mood of the album, with Guionnet’s long held tones drifting in and out of a haze of sustained guitar harmonics occasionally punctuated by isolated crackles and fizzes which reappear at the beginning of track two and gradually accumulate to form a dense web of flutters and scrapes (the saxophonist using the spatial possibilities of two mics to great effect) before the music collapses back into introspective pointillism. Track three is an amazing study in non-linearity, a steadily moving assemblage of isolated fragments of shattered syntax - in a manner analogous to the aforementioned artwork - not so much a question of extended as much as deconstructed techniques. Track four returns to the desert landscape of track one, with Benoit exploring the possibilities of detuned lower strings while Guionnet gently coaxes multiphonics in and out of focus. Benoit is content to play with various microtonal nuances on track five, while the saxophone breathily sketches out the contours of virtual melodies. The brief sixth track charges along, with Guionnet manhandling soprano and alto sax simultaneously and yet continually stepping back from the abyss of total freak out. The final piece goes back to rummaging in the toy box before going underground just after nine minutes, only to reappear three minutes later, an austere ghost track of metallic clangs from Benoit and plangent wails from Guionnet.
http://www.paristransatlantic.com/

La rigueur esthétique avec laquelle se développe le label Vand’œuvre a de quoi ébahir (voire de quoi agacer car on ne décèle guère d’errements dans ce catalogue de musique d’aujourd’hui) ; les deux dernières pièces, hormis leurs remarquables qualités musicales, se caractérisent par une présentation originale.
Olivier Benoit (guitare électrique acoustifiée) et Jean-Luc Guionnet (saxophone alto) proposent sept trajets, sept frôlements parfois au seuil du silence (il n’est pas inutile d’écouter ce disque jusqu’à son terme et de continuer à tendre l’oreille quand bien même sa rotation a cessé…) qui se surimpriment comme les feuillets de calque de la pochette. Curieusement, cette musique et les projections mentales qu’elle suscite supportent bien l’enregistrement - on craindrait presque d’être déconcentré par la vue. Rien de spectaculaire pourtant (pas plus que dans le duo d’OB avec Sophie Agnel que l’on attend chez In Situ) dans ces fuseaux et asymptotes d’harmoniques et de textures ; assuré, acéré, le geste semble conduire un rabot au sabot variable. Les insinuations du Guionnet feuilleteur de sonorités se mêlent aux délicates fouailles électriques de Benoit : étrange et passionnante sensualité tout onirique (plus sereine - en dépit d’agiles escarmouches tendues -, pour les comparatistes, que celle, dans le même format, de Keith Rowe avec Jeffrey Morgan, par exemple). Mille polychromes iridescents qui grouillent.
Guillaume Tarche - Improjazz N° 85, mai 2002.
- chroniques CD : &UN VDO 0223 sorti en mai 2002

Passages par Fabrice Eglin
Dans la bouche du temps
"Et le nuage de poussière du soleil et du son
Qui condense et fait crépiter orange et jaune
En un coin perdu dans la chaleur brûlante
Pier Paolo Pasolini

De leur viande affectée (constipation, inertie / hystérie, résultante de l’émotion industrielle) les gestionnaires - sinistres commentateurs en chefs d’aujourd’hui - font école et ça vire au pire : fabrique en chaîne de casiers pour caser au cas où et gagner la cagnotte. Dans l’appel systématique à la consommation permissive, l’alternative d’être face à une expansion qui ne serait pas rentable, au fond d’un voyage immobile où défile éphémères et fugitifs une éprouvante suite d’espaces ; aventure et modestie violence à fleur de peau. Concert donné par Jean-Luc Guionnet et Olivier Benoit lors de la huitième édition du festival Fruits de Mhère (Morvan), samedi 3 août 2002.
Pendant longtemps j’ai confondu la musique et la peinture.
Depuis quelques mois, ayant repris a plume et le pinceau,
j’écoute beaucoup mieux. (...) allant même jusqu’à inciter
les peintres et autres esquisseurs à plonger dans le son.
Dino
Immersion. Gestes isolés (inaugural d’un futur en puissance), loin des sentiers des chemins se dessinent esquisses griffées des trajectoires dont les méandres caressent, irritent et frappent les parois qui barrent l’espace. Parasites accueillis subir l’intensité des fragments, les chocs de l’instant hors de toute jazzerie incontinente (1), dans la couleur incisive là où tout débute et rien ne s’achève ; l’exil de face. Deux unicités se rencontrent et se rejoignent sans fusionner (audacieuse autonomies, cruelles et précises), liberté affirmée dans cette dépendance, dans ses recommencements - pas de consanguinité, miroir brisé rien ne viendra flatter Narcisse. Jeu des Je l’altérité se découvre source d’altération complémentaire (ces dissemblables similitudes) dans l’exploration des rôles de chacun : d’anaphores retenues un ouragan sous-jacent déplace, discret mascaret un feu sous les braises métalliques, des bouffées évanescentes entrent en collision ; un traitement aride et tendre de la matière sonore (cris et chuchotements) - l’exhortation appuyée sur l’autorité implacable de l’incertitude. Pas de maître, d’aliénation : coexistent deux radicalités affirmées, leur part irréductible et sa séduction subversive. Fébriles mouvements, rugosité d’écorces (Gants de crin, ruse et pugnacité, la guitare jouée claire-obscure comme contrainte de s’agripper à la moindre hachure et - l’impatience, l’insistance de ce qui s’y demande / l’attente perceptuelle fragile et massive proposée, une certaine solitude partagée - le saxophone fier courant d’air sans vanité qui fend les ombres, franchit la nuit tombée.), l’implication des souffles renverse sans emphase, dilate la propriété de réflexion. Le noir le plus dur ensuite. Un triangle rude qui va s’élargissant / se réduisant, avec son poids, sa durée d’épaisseur bleue nuit où rode intérieure l’érosion d’un blues (2) ancien l’égo à sa place (?) ; un champ des possibles s’offre refermé sur lui-même, l’être aux aguets dans propre espace temps. Pas de verticalité effervescente. De l’horizontal, sa précarité endurante et constante : perte d’échelle, ça résiste et déconcerte (les gris de l’habitude offusqués), on cherche la contraction et la désorientation apparaît pour ce qu’elle est : drame sec tendu dans le réel. Une stricte profondeur sensible en tout, lumineuse et secrète, se meut - les contradictions se condensent pour le meilleur. Plane une rumeur qui (c)hante dans le spectre et alourdi on se (re)trouve dans le silence. Hypostase, la conscience fait rupture dans la continuité - départ et retour de soi, la relation continuité / discontinuité ici subversive -, un travail incessant porteur d’une tension érotique transversale à l’écoute du temps : cette marge infinie qui dans sa relation au présent empiète sur l’à-venir, commence avec l’attention et les événements par l’association subtile et risquée de subjectivités radicales ; abrasive et puissante force de l’acuité. Sa persistance même nous trouble. Ni apaisement, ni consolation. Sans esbrouffe le temps donné.
La rumeur des écluses couvre mes pas.
Arthur Rimbaud
Désir des correspondances, contigu le don (se) cherche - esquisses et dialogue des contrastes - et dans la pudeur les retenues cèdent. Ca déborde (3) et provoque l’accident souhaité, on épouse le mouvement de ces pensées perceptives capables de fracturer le savoir-même qu’elles produisent, l’immédiat court devant le désir / nécessité ; l’improvisation au bénéfice du doute. Une dialectique de la polarité, pénétrante et persistante. Contre l’idéologie de progrès. Un lyrisme du pli, présent brûlant de ses refus. Musique résurgeante qui se réalise dans le conflit et sans mirage, passage dans l’hétérogène ce flux circule entre trois points que rien ne délimite sinon le mystère de l’autre. A prendre - littéralement - ou à laisser... Sans vergogne et sanguine l’aube régnait sur leur lieu. On n’en savait rien. Le charme tient à ce qui se dérobe.
1. Pas de revet d’existence affiché. Ni promeneurs élégants, ni touristes.
2. L’esprit (le fantôme) plus que la forme. Douceur paradoxale des égratignures qui élargit l’espace où l’on pourrait enfermer ce mouvement, de la mémoire dans ses oublis.
3. Insistons, On ne reconnaît pas la musique, elle nous découvre.
Note : Olivier Benoit et Jean-Luc Guionnet ont enregistré &UN (Vand’oeuvre VDC0223 / dist. Metamkine). Justesse du titre, italique des sens, précisions des projections, sédition contre le temps comptable et endurante incandescente. Précieux.
Fabrice Eglin - "revue & corrigée" - N° 54 - décembre 02

OLIVIER BENOIT/JEAN-LUC GUIONNET - &UN - Vand’œuvre - VDO 0223

Manipulating the alto saxophone and guitar as if they are sound sources rather than true instruments, this French disc provides another object lesson in the blending of acoustic and electro-oriented improvisations.
The CD also shows, that definitely throughout Europe — and to a lesser extent in North American — abstract chamber sessions are attracting the attention of players who otherwise would have opted for unfettered, clamorous free sounds or other types of music.
Parisian saxophonist Jean-Luc Guionnet, for instance is more identified with harder, harsher group gropes expressed by bands like Hubbub with tenor saxophonist Bertrand Denzler and percussionist Edward Perraud, and the illuminatingly named Return of the New Thing, with pianist/violinist Dan Warburton and Perraud. He also writes scores for experimental film. Conversely, guitarist Olivier Benoît, from Lille, is usually more comfortable in smaller configurations such as his duo with pianist Sophie Agnel, a trio with fellow guitarist Philippe Deschepper and cellist Laurent Hoevenaers or multidisciplinary performances mixing dance, sculpture and music. Recorded over three days, the nearly 69-minute session here mixes a sometimes overpowering collection of silences with Guionnet’s extended woodwind techniques and Benoît’s guitar dexterity at many speeds, tempos and pitches.
Again, this isn’t thunderous or even mid-range music, so start by turning up the volume knob of your system. Most of the saxophone work revolves around expansive note inflections, where staccato peeps can morph into triple tonguing and split tones can restructure themselves in such a way that Guionnet appears to be reconfiguring a metallic harmonica, squeaking out kazoo-like tones. But these are the sort of rasping sounds that also produce more than one tone simultaneously. This sometimes ruptures Benoît’s grating rhythmic sallies, however, as he rattles his axe like a pool cue and appears to be boomeranging notes from his strings into the air.
Be warned, though, that to counter the saxophonist’s rasping, extended trills, the guitarist will sporadically interrupt his drones to introduce, then swiftly extinguish, an earsplitting amp buzz before retreating back to simulated wood sawing and the odd bit of flat picking. On other tracks the reverberating string growl seemingly splits in two, creating two guitar tones in tandem : one from an acoustic melody-maker, the other from a strident percussion instrument. Smears, honks, toots and an enervating whistle escape Guionnet’s mouthpiece at that point.
All this reaches a crescendo on the final, nearly 23-minute track, which is far more industrial than anything produced by a rock band of that genre. Benoît’s machine-like droning tones appear to be the soundtrack of heavy equipment being moved, while the saxophonist’s screech resembles the shriek of a factory whistle. Forcing out shrill reed flutters with colonic intensity, the saxophonist is met with elongated rumbles and smashes from the guitar, plus rappelled strings that ring like a pealing bell. Soon the trilling smears get sharper, louder and more dissonantly diffuse, Benoît then ricochets onto the strings, creating an amplified reverberating drone. Downshifting to lower pitched keys, echoes from the jarring confrontation fade into silence.
No one should be fooled by the personnel and confuse this date with those Joe Pass-Zoot Sims sax’n’guitar ballad medley LPs. But curious parties, initiated by a similar session AMM’s Keith Rowe did with saxophonist Jeffrey Morgan in 1997 should see what adaptations have been made to the recipe.
Ken Waxman
http://www.jazzweekly.com/reviews/obenoit_&un.htm

"Plonger dans le son, ensemble. Aiguiser sa perception et se laisser guider par ses sensations. Jouer avec les timbres, dont le silence. Tel semble être le projet musical du guitariste Olivier Benoit et du saxophoniste alto Jean-Luc Guionnet. Ce duo, c’est une rencontre de musiciens aux itinéraires multiples, depuis l’improvisation jusqu’à la musique électroacoustique. Beaucoup d’engagement et d’énergie dans cette plongée sonore. Chacun (se) cherche, les rôles sont variés. C’est un véritable duo qui privilégie l’intensité profonde de l’intimité aux apparences trompeuses de la virtuosité. Ici, tout est immanence, lyrisme contenu, libération sereine d’une énergie débordante soumise à la finesse d’un jeu dont l’intelligence le dispute à l’immédiateté. Sept improvisations, autant d’émaux sonores faits de nappes, souffles, bruissements, crépitements frétillements, matières, textures, zébrures et autres épaisseurs qui témoignent d’une recherche d’une grande et belle amplitude. Cette musique d’apparence austère parvient sans cesse à des points d’éclatement et de découverte. Elle sonne dans sa force, son invention, son aventure, autrement dit sa beauté."
Franck Médioni - Octopus, supplément de la revue Mouvement - N° 22 - mai 2003