Jean-Luc Guionnet
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divulgation des parties en jeu

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videÌ o sonore, sur deux eÌ crans et deux enceintes – 2 h 30’ –

avec les 4 protagonistes de « PARTIE  » 2006 :
SeÌ bastien Hoëltzener (performer)
Laurent Pinon
Olivier Gallon
Jean-Luc Guionnet

prise de vue de « partie  » : Franck Gourdien et Clotilde Aksin
date et lieu de tournage : 17 novembre 2006

&

avec les 4 protagonistes de « CONTRE-PARTIE  » 2009 :
Gaël Leveugle (comeÌ dien)
Patrick Guionnet (clown performer)
Thierry Micouin (danseur)
SeÌ bastien Bonnefoy

prise de vue de « contre-partie  » : Franck Gourdien
date et lieu de tournage : 22 juillet 2009, Paris

montage et dispositif : F. Gourdien & J.-L. Guionnet
prise de son : J.-L. Guionnet

LE SON DU MATCH
Le 13 juillet 2006, jour de la finale de la coupe du monde de football, J.-L Guionnet a installeÌ un couple de bons micros aÌ€ sa feneÌ‚tre, dans un quartier populaire de Paris 20eÌ€me (du 1er eÌ tage, entre les stations de meÌ tro MeÌ nilmontant et Couronnes). 10 minutes avant le deÌ but du match, il lance l’enregistrement, pour l’arreÌ‚ter 1/2 heure apreÌ€s le coup de sifflet final.

LES GENS
Depuis quelques temps, nous (F. Gourdien et J.-L. Guionnet) avions l’ideÌ e de nous confronter aÌ€ une notion ou du moins aÌ€ un mot : « gens  ». Et particulieÌ€rement aux questions « qu’est-ce que les gens ?  » ; « qui sont-ils ?  » ; « ouÌ€ sont-ils ?  » ; « que font-ils ?  » — et surtout : « Existent-ils ?  » ; « En sommes-nous ?  ». Bref, de qui, de quoi, parle-t-on lorsque l’on dit « les gens  » ? Et d’ouÌ€ se place-t-on pour en parler ? Nous avions l’ideÌ e d’aller enqueÌ‚ter aupreÌ€s de qui veut, mais aussi bien aupreÌ€s de penseurs dont l’œuvre nous importe, puis de donner des pistes de reÌ ponses aÌ€ travers un film co-reÌ aliseÌ . Pourtant, sans doute rebuteÌ s par le micro-trottoir, nous avons mis le projet en attente jusqu’au jour ouÌ€ en eÌ coutant cette prise de son de juillet 2006, nous avons eu l’impression que quelque chose des gens eÌ tait atteint, tangible, audible, avec la majoriteÌ , voire la quasi-unanimiteÌ du quartier dont l’enregistrement s’est fait, pour le coup, l’eÌ cho. Rien de conceptuel : le simple sentiment d’avoir, aÌ€ l’occasion du match,
affaire aÌ€ ce aÌ€ quoi les gens ont passeÌ leur temps pendant 3 heures 30’. Au moins pouvions-nous nous dire que, durant ces 3h30’, dans ce quartier-laÌ€, ils (dont J.-L. Guionnet qui enregistrait) eÌ taient occupeÌ s aÌ€ ceci... Ils ? « Tout le monde  », et l’impression que dans ce tout est compris ce qu’on appelle les gens.

LA PARTIE
L’arriveÌ e de la prise de son fut donc deÌ terminante ; s’en est suivie la neÌ cessiteÌ de lui apposer un contrechamp : la construction d’un espace filmeÌ asymeÌ trique, qui reÌ pondrait ou, plutoÌ‚t, qui offrirait la possibiliteÌ d’un eÌ cho, mais d’un eÌ cho de travers, ou d’un eÌ cho en coin. L’ideÌ e de filmer un « banquet  » dans une cuisine s’est progressivement imposeÌ e : enregistrer les images d’un repas priveÌ , plongeÌ dans la diffusion exageÌ reÌ e de la bande-son.

« L’inviteÌ majeur  » (une sorte particulieÌ€re de maiÌ‚tre de ceÌ reÌ monie), SeÌ bastien Hoëltzener , connaissait la prise de son avant de venir diÌ‚ner, et a preÌ pareÌ quelques actions qui rythment ce qui arrive aÌ€ l’image. Or, l’ennui, la perplexiteÌ des inviteÌ s, l’humeur basse et les effets de l’alcool distilleront une ambiance de plus en plus morose. Le repas tourne quelque peu au vinaigre – aÌ€ la deÌ confiture ? – pendant que la cuisine se transforme, action apreÌ€s action, en porcherie. L’ensemble du banquet a eÌ teÌ filmeÌ par deux cameÌ ras aÌ€ l’eÌ paule, deux cameÌ ras fixes et une pocket-cameÌ ra qui passe de main en main.

LA CONTRE-PARTIE
L’arriveÌ e des images de la PARTIE fut, aÌ€ son tour, deÌ terminante ; s’en est
suivie la neÌ cessiteÌ de lui apposer une CONTRE-PARTIE : la construction d’un espace filmeÌ peupleÌ par 4 protagonistes qui reÌ pondrait directement aÌ€ l’espace coloreÌ et deÌ sordonneÌ du banquet, ouÌ€ seraient transposeÌ s et reÌ injecteÌ s certains gestes et l’ambiance de la PARTIE. L’ideÌ e s’est imposeÌ e de filmer, dans un appartement, blanc, habiteÌ et ordonneÌ , une sceÌ€ne pseudo-quotidienne improviseÌ e par des pseudo-doubles des 4 protagonistes de la PARTIE, aÌ€ leur tour plongeÌ s dans la diffusion exageÌ reÌ ment forte de la partition sonore. L’image de la CONTRE-PARTIE est un plan-seÌ quence fixe de 2 h 30’. Que font les 4 protagonistes de la CONTRE-PARTIE ? Que se passe-t-il ?

NOTE SUR LE SON - (LA PARTITION)
La prise de son est structureÌ e comme une narration. Elle porte l’empreinte de comment le match s’est structureÌ , suspens, tension, temps mort et, en meÌ‚me temps, rien, ou quasiment rien n’indique dans le corps meÌ‚me du son, dans les informations qu’il charrie, qu’il s’agit bien d’un match de foot, et encore moins d’une finale.

Rien sauf quelques minutes apreÌ€s le deÌ but du match, du fond de la rue
entoureÌ e d’immeubles de 10 eÌ tages, cette passante, probablement en retard sur son emploi du temps, courant vers un hypotheÌ tique eÌ cran de teÌ leÌ vision, et demandant anxieusement, aÌ€ l’envie et au hasard des feneÌ‚tres ouvertes, si tel ou tel joueur avait deÌ jaÌ€ marqueÌ ou non, et anonyme, une voix lui reÌ pondant. Outre la structure temporelle, c’est le seul indice flagrant du match, et la rumeur comme synchroniseÌ e de toutes les teÌ leÌ visions aÌ€ l’unisson. La dureÌ e de la prise a effectivement une forme que l’on pourrait dire musicale, avec une introduction (avant le match), un premier deÌ veloppement (premieÌ€re mi- temps), une transition (la pause), un deuxieÌ€me deÌ veloppement de meÌ‚me dureÌ e que le premier (deuxieÌ€me mi-temps), une deuxieÌ€me transition beaucoup plus complexe (prolongation etc.), et une longue conclusion (apreÌ€s le match). Chaque partie a sa logique, sa qualiteÌ de son, sa tension, son bruit de fond, et ses fluctuations meÌ teÌ o. Ajoutant aÌ€ la partition temporelle claire des actions humaines, s’ouvre une dureÌ e discreÌ€tement mais absolument aveugle aÌ€ tout cela.
AÌ€ l’eÌ coute de cette prise de son, les interrogations fusent : comment la
reÌ duction au sonore d’un moment particulier en reÌ veÌ€le d’abord la structure temporelle mais aussi l’ambivalence symbolique, narrative et meÌ‚me morale : « Qu’est ce qui arrive ?  » « Est-ce pour la bonne cause ?  » Car, oui, il semble bien que quelque chose d’inhabituel se passe, ne serait-ce que par la synchronisation subite des sorties de veÌ hicules, et plus encore par celle des bouffeÌ es de « Oh !  » accompagnant les faits et gestes des joueurs (que l’on n’entend pas). On est dans le preÌ sent d’un eÌ veÌ nement artificiel, celui que le jeu rend possible, personne ne sait ce qui va se
passer, tout le monde sait ce qui se passe. On se noie dans le plaisir d’un suspens qu’un hypotheÌ tique eÌ lan collectif fabrique. Bref, tout se passe comme s’il arrivait quelque chose. Alors que l’on sait que rien n’arrive, et encore moins laÌ€, ici, maintenant. Rien ne se passe qu’un jeu. Un petit jeu que l’on joue pour ne pas jouer le grand ? L’autre jeu ?... L’hypotheÌ tique activiteÌ aÌ€ laquelle le temps serait consacreÌ s’il n’eÌ tait deÌ jaÌ€ tout occupeÌ , plein, rempli, par le divertissement.