Jean-Luc Guionnet
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Estuaire

¬ Compositions ¬ Acousmatiques

pièce octophonique composée entre 2003 et 2005 au studio MIA — Annecy



à Bruno Pinchard
à Leopardi

Voici le projet tel que je me le formule à moi-même...
Au beau milieu d’un estuaire sonore, entre deux eaux : une tête tourne sur elle-même et sent, dans l’épaisseur du milieu, ce qui lui arrive ici aussi bien que de là-bas (cours du fleuve, rives, océan ... horizons).

Sonore : un sentiment océanique ? géographique ? la perception de l’épaisseur de ce qui est traversé ? Sentiment non pas dans ce qu’il pourrait avoir de romantique et encore moins de naturaliste, mais pour ce qu’il peut supposer d’expérience physique, de sensation qui remontent le courant de la pensée.

Au beau milieu c’est-à-dire où se retrouvent, où subjectivement pointent tous les signes géographiques.

... être à la croisée — se retrouver à la croisée
— chercher l’avant goût — les signes avant-coureurs de l’étendue de l’océan ---
après-coureurs — tous les retard que les signes supposent...
... une centre qui serait n’importe où ...

Tout d’abord les matériaux sources : un vaste ensemble de prises de son d’orgue réalisées entre 2001 et 2004 sur l’orgue Cavaillé-Coll de Notre-Dame-des-Champs (déjà, Tirets et Pentes, deux disques d’improvisations solo avaient été enregistrés - l’un pour “ à bruit secret ” - Metz, l’autre pour “ hibari ” - Tokyo) mais aussi sur l’orgue de Notre-Dame de Parthenay.

À force d’écouter et de réécouter ces prises, une évidence s’est imposée : il y a, dans cet ensemble une logique spatiale au moins autant que musicale, plus exactement, ces prises contiennent une musique spatiale à construire … Musique qui, assez vite, s’est appelé “ estuaire ” car il me semblait que cet espace se structurait à la façon d’une vaste embouchure, lieu de passage entre l’espace orientée du fleuve et l’horizon ouvert de l’océan.

L’idée d’une pièce électroacoustique proprement spatiale était là. Une partie de ce travail a déjà pris forme à l’écoute des prises de sons.

Une pièce sans silence comme l’eau rempli l’espace qui lui est laissé. Un bloc, un cube, avec une tête, des oreilles, au milieu. Des courants qui traversent le bloc (des mouvements de la matière dans la matière).
Des micros courants...

“ ... et le naufrage m’est doux dans cette mer ... ”
Leopardi (“ l’infini ”)

Une musique qui serait une expérience de pensée comme de pure perception (une expérience de mesure quasiment : aller enfin au bout de cette pente !).

Il n’y a pas de “ traitement ” au sens habituel du terme : il s’agit de porter la diffusion spatiale, la répartition sur les 8 points et le mouvement de cette répartition, à la frontière d’une transformation totale de la perception du signal sans que celui-ci ne soit modifié à la source. En d’autres termes : utiliser au maximum les ressources de la spatialisation en prenant l’espace comme paramètre principal du travail sonore. Par voie de conséquence, estuaire est une vraie pièce de concert, issue d’un travail d’expérimentation en situation.

Voir en ligne :
Musiques Inventives d’Annecy